Episode Transcript
[00:00:00] Speaker A: Je dirais que tout ce que j'ai vécu dans mon enfance m'a permis d'être la personne que je suis aujourd'hui parce que moi je vois les choses différemment. Bien que ce n'était pas facile, ce sont des réalités et ce sont ces réalités qui nous forgent en fait. Ça fait de nous des personnes meilleures pour demain.
[00:00:15] Speaker B: Jackie Annette Messomo, c'est une joueuse professionnelle de soccer ou football international et fondatrice du projet Jeunesse Prioritaire.
[00:00:23] Speaker A: À travers ça, il y avait un tournoi qui se jouait toujours chaque année. C'était inter-établissement. Et c'est là où j'ai grandi. C'est là où vraiment j'ai commencé à grandir. Et je mentais à ma mère.
Ah ouais? Et je voyais aussi l'état dans lequel ma famille vivait. Je me disais que c'était une opportunité pour moi de sortir ma famille de cette situation-là.
[00:00:44] Speaker B: Est-ce que c'était ton plus grand motivateur pour continuer?
[00:00:47] Speaker A: Oui.
Donc ça, ça me donnait encore beaucoup plus d'aile. Ça me faisait rêver grand, en fait. C'était fun de voyager, le tourisme que tu fais.
Quitter du Kazakhstan, aller jouer peut-être à l'Écosse, un match en Islande, en France, en Espagne, en Italie.
[00:01:08] Speaker B: Bonjour tout le monde, bienvenue sur La Game On. Je suis votre host, William Rochefort. Et aujourd'hui, je suis très excité parce que j'ai une émission très spéciale.
Premièrement, aujourd'hui, on parle en international.
Parce qu'aujourd'hui, on voyage en Europe, en Afrique, en Amérique.
Bref, j'ai la chance de recevoir avec moi une joueuse de football international ici. Donc, de soccer, en bon québécois.
Jackie, tu as joué origine africaine, Cameroun.
Aujourd'hui, tu as joué dans plusieurs pays, huit pays si je ne me trompe pas, à l'international, au football.
C'est assez impressionnant. Merci d'accepter en fait de passer aujourd'hui sur le Game On, de venir partager ton histoire, venir parler de la réalité du sport ailleurs dans le monde, qu'on ne connaît pas tous.
Un petit mot avant qu'on commence?
[00:02:09] Speaker A: Moi, je suis très excitée. Merci de me recevoir.
Je suis là et j'espère qu'on va profiter ensemble. Pour moi, c'est un privilège juste de rétifier un petit truc ou ajouter un petit truc. Oui, je suis d'origine camerounaise, mais je suis de nationalité équatoguénienne. C'est toujours en Afrique.
[00:02:29] Speaker B: Ok, donc, ça c'est un bon point. Donc, tu es née à quel endroit?
[00:02:36] Speaker A: Au Cameroun.
[00:02:37] Speaker B: Tu es née au Cameroun?
[00:02:38] Speaker A: Oui.
[00:02:39] Speaker B: Ok, j'ai vu dans ton histoire que tu avais participé dans la coupe africaine et tu n'avais pas été suspendue à cause de ton éligibilité.
[00:02:52] Speaker A: Bon, ça, c'était avant la Coupe d'Afrique. C'était avant la Coupe d'Afrique, c'était pendant les éliminatoires pour jouer la Coupe d''Afrique.
Il y a eu un problème de double nationalité, étant donné qu'au Cameroun aussi, j'avais déjà participé à des présélections, mais je n'avais jamais joué à l'équipe Fagnon, comme on dit, donc l'équipe première même qui représente le Cameroun et j'ai eu la chance d'aller en Guinée équatoriale, un pays voisin du Cameroun et là-bas j'ai fait... je peux dire que je dois beaucoup à ce pays-là parce que ce sont eux qui m'ont accepté, ils m'ont donné la nationalité. Aujourd'hui je suis vraiment, je suis vraiment fière d'avoir des origines camerounaises mais de les partager avec la Guinée équatoriale.
[00:03:38] Speaker B: Ça, ça va être une belle histoire que tu vas pouvoir nous conter. Mais je suis content que tu as pris le temps quand même de me corriger.
C'est un monde que...
C'est un autre monde, j'ai pris le temps de regarder, puis en Afrique, vous avez tellement, vous avez une diversification de cultures, de pays, que c'est vraiment impressionnant. Les talents, on va en parler tantôt, parce que tu as un projet qui a rapport avec l'accessibilité au sport, l'étude avec les jeunes, en Afrique, dans ton pays, tout ça.
Qu'est-ce qui est quand même exceptionnel.
Mais je ne m'attendais pas à quel point vous avez des grands talents en Afrique, mais que les opportunités sont quand même minimes.
Donc, c'est d'aller voir comment vous pouvez aller chercher ces opportunités-là.
C'est vraiment cool.
[00:04:29] Speaker A: Merci.
[00:04:30] Speaker B: Jackie, chaque personne qui vient sur mon podcast a droit à une introduction.
Donc, voici ton intro.
Jacquie Annette Messomo, tu es une joueuse professionnelle de soccer ou football international et fondatrice du projet Jeunesse Prioritaire. Née au Cameroun, tu débutes le football à 6 ans sans savoir qu'un jour ce sport te ferait voyager dans plus de 8 pays.
En 2010-2011, tu obtiens ton premier contrat en Russie.
Ensuite, de 2011 à 2012, tu vas jouer en première division camerounaise.
2012 à 2014, tu prends la direction de l'Europe avec la Slovaquie où tu as participé au préliminaire de la Ligue des champions.
2014-2016, tu vas être ensuite en Serbie pour une première présence à la Ligue des champions cette fois-ci.
2016 et 2018, tu as une deuxième présence avec le Kazakhstan à la Ligue des champions.
2019, tu arrives en Amérique avec le Texas Spurs aux États-Unis.
Aujourd'hui, tu es étudiante à l'Université de Sherbrooke, fondatrice du projet Jeunesse prioritaire qui a le but de donner accès au sport et à l'étude pour les jeunes en Afrique.
Jackie, bienvenue sur Le Game On. C'est un plaisir de t'avoir.
Je vois dans ton visage un peu de surprise.
[00:06:05] Speaker A: Je vois que j'ai bien... Oui, très bien même.
Je ne m'y attendais pas en fait.
[00:06:11] Speaker B: Ah ouais?
Ah c'est cool!
Quelle histoire de championne, de guerrière j'ai envie de dire, tu as vécu. On a parlé un peu avant d'enregistrer que tu me disais que la majorité de ton parcours a été très très très positif. Mais que tu parlais beaucoup, tu parlais pas beaucoup de ton enfance. Et aujourd'hui t'étais ouverte, du moins, à l'introduire un peu pour en discuter.
Aujourd'hui, on est venu pour que tu puisses partager ton histoire.
On est aussi venu partager la réalité des athlètes africains. Mais avant d'aller plus loin, j'aimerais qu'on est dans les débuts.
Donc, où ça a commencé pour toi le football? Je sais que ça a commencé vers l'âge de 6 ans, où tu étais la seule fille dans une équipe de garçons.
[00:06:56] Speaker A: Bref, mon histoire, mon enfance, je vais dire, a commencé au Cameroun, dans une petite ville au sud du Cameroun, où dans la ville, il n'y avait pas d'équipe de filles.
Il y avait toujours des centres de formation des garçons.
Et comme ça, en jouant avec mes amis au quartier, ils m'ont dit, il faudrait que tu viennes essayer avec nous dans notre centre de formation. C'est comme ça que c'est parti.
J'ai essayé, mais la famille ne voulait pas.
Étant donné que je suis une femme, je suis une fille, c'est très difficile de laisser une fille au milieu des garçons. Il faut toujours protéger la fille, il faut toujours essayer de mettre la femme à l'écart des garçons pour qu'elle puisse avoir une éducation beaucoup plus féminine que mixée ou autre chose dont la famille ne voulait pas. À un moment j'ai dû arrêter les entraînements dans ce centre de formation, je me suis concentrée à mes études. Et au Cameroun et partout ailleurs en Afrique, il y a toujours des petits tournois qui sont organisés, que ce soit par des ministères, que ce soit par des légendes en Afrique.
Et à travers ça, il y avait un tournoi qui se jouait toujours chaque année. C'était inter-établissement. Et c'est là où j'ai grandi, c'est là où j'ai vraiment commencé à grandir, à apprendre, arriver grand à travers ces tournois là parce que dans chaque tournoi on commence régional dans la ville après ça va un peu dans tout le pays donc c'est comme ça que et on connaît après chaque année on connaît qui était champion du pays et là Tout s'arrête parce qu'il faut retourner à ta vie et te concentrer à ce qui est plus important que le sport.
Donc c'est un peu ça. Et avec une maman, je veux dire, célibataire, et avec six enfants, c'est pas facile aussi. C'était pas facile pour elle.
Et j'ai toujours bien été entourée, je vais dire ça comme ça. Je viens d'une famille très croyante, je veux dire comme ça aussi. Et avec cette discipline-là de Dieu avant tout, les études avant tout, je peux dire que mon enfance a été... J'ai eu un bon encadrement pour pouvoir rêver grand, pour pouvoir penser positif, pour pouvoir toujours profiter de l'opportunité qui m'était présentée.
Donc c'est un peu ça mon enfance, c'est pas...
Je ne veux pas trop entrer dans beaucoup de choses mais je dirais que tout ce que j'ai vécu dans mon enfance m'a permis d'être la personne que je suis aujourd'hui parce que moi je vois les choses différemment, bien que ce n'était pas facile.
C'est l'Afrique en fait, ce sont les réalités de l'Afrique, ce sont les réalités qu'on vit au quotidien. Je ne vais pas venir ici et commencer à dire que non, on était pauvres, on manquait de ça, on manquait... Non, non, non. Ce sont les réalités et ce sont ces réalités qui nous forgent en fait.
Ça fait de nous des personnes meilleures pour demain quand tu connais une certaine réalité.
[00:10:05] Speaker B: Un défi qu'on ne parle pas beaucoup, mais que selon moi est quand même énorme, c'est de quitter la maison.
toi en 2011, 2010-2011, ton premier contrat professionnel en Russie, comment que... tu finis par avoir l'opportunité, si tu pouvais m'expliquer. En fait, c'était tes débuts professionnels, si je comprends. Tu avais quel âge à ce moment-là?
[00:10:34] Speaker A: Ouf!
Je ne me rappelle pas de quel âge j'avais, mais je sais que mon premier contrat, il a été signé lorsque j'avais 17 ans, mais je n'ai pas voyagé. Il fallait que j'atteigne vraiment mes 18 ans pour voyager.
Donc, c'était difficile pour moi, mais...
Comme je l'ai dit, j'ai eu une bonne base.
Et avec cette bonne base-là, je me sentais capable de vivre n'importe où. C'est vrai que mon premier contrat, c'était en Russie. Et à cette période-là, les gens n'aimaient pas entendre parler de la Russie parce qu'on pensait que c'était un pays très raciste et que c'était pas vraiment avantageux pour les Africains d'y aller.
Contrairement à ce que j'ai vécu là-bas, moi j'ai beaucoup aimé.
C'est vrai qu'avec mes... Moi je dis j'ai beaucoup aimé parce que je préfère que quelqu'un me dise des choses en face que de parler dans mon dos. Donc j'avais peut-être des coéquipières Je n'étais pas à l'aise de me voir, mais au moins elle me montrait ça en face.
Et je savais quoi faire pour éviter ça aussi. Donc j'étais déjà quand même assez mature. La vie m'avait déjà quand même enseigné que tu peux avoir des gens en face de toi qui ne t'aiment pas, peut-être parce qu'ils ne te connaissent pas. Il ne faut pas faire de ça tout en grand.
Donc à partir de là, moi je me suis dit C'est la vie et je n'avais pas peur en fait. J'étais tout au moins excitée d'être en train de faire ce que j'aime bien faire, le soccer.
[00:12:09] Speaker B: Est-ce que tu t'es toujours voulu... Est-ce que tu t'es toujours vue jouer professionnel au soccer?
[00:12:14] Speaker A: Oui.
[00:12:15] Speaker B: Ah ouais?
[00:12:16] Speaker A: Ouais.
Ça a toujours été mon rêve parce que je sais que j'ai un talent.
C'est vrai que des fois je taquine ma maman, je lui dis mais attends, moi je sors d'eau avec ce talent-là, il n'y a personne d'autre qui joue au soccer ou qui pratique le sport dans la famille, moi je sors d'eau et elle me dit toujours c'est la grâce de Dieu.
Donc avec ce talent-là et déjà quand tu joues avec d'autres personnes, tu vois qu'on t'apprécie et à un moment tu sens que ce n'est pas ton niveau-là, tu as besoin de plus.
Et ça, ça m'a toujours animée.
Et le plus là vient avec un travail aussi à faire. Donc voyager ça n'a pas été un problème pour moi. M'intégrer dans les clubs ça n'a pas été un problème pour moi parce que c'est quelque chose que j'avais déjà travaillé dans la tête.
[00:13:01] Speaker B: Tu parles de la Russie, des différentes opportunités que tu as eues.
Mais si on parle de la première opportunité, comment tu t'es fait voir où il a le talent? Parce que souvent on dit, si t'es bon, ils vont te trouver.
Dans ton cas, c'était-tu ça? Comment t'as eu cette opportunité-là pour aller jouer en Russie? Puis, il me semble que tu m'avais dit que ça t'avait fait un peu avoir avec ce contrat-là.
[00:13:29] Speaker A: Oui, oui.
En fait comment, je suis allée en vacances chez mon grand frère dans la ville de Yaoundé, c'est la capitale du Cameroun plus précisément, et je suis allée en vacances. Et comme moi j'aimais le soccer, là où on parlait du soccer, il fallait que j'aille parce que je me sentais à l'aise, je me sens à l'aise dans ce milieu là.
Alors arrivée au quartier là où mon frère restait, j'ai commencé à dire à mon frère je peux pas rester à la maison chaque jour. Il faudrait que je fasse quelque chose.
Il m'avait dit, OK, il y a une équipe qui s'entraîne quelque part à quelques mètres de la maison. Vas-y là-bas, le soir, il faut juste rentrer. Il faut juste éviter de rentrer un peu plus tard.
Et je suis partie. C'est comme ça que c'est parti.
Donc, cette équipe-là m'a donné l'opportunité de m'exprimer.
Il y avait quelqu'un qui observait derrière aussi. Et c'est comme ça que c'est parti." C'était vraiment rapide.
Donc j'étais en train de m'entraîner avec les autres et je pense que c'était ma destinée, c'était ma chance, c'était ma grâce.
Un monsieur était là, il était en train d'observer. Il n'était pas venu pour moi, il était venu pour d'autres filles qui avaient déjà l'expérience, qui avaient des contrats même dans ce club-là. Mais c'est sur moi qu'il a flashé.
Il a dit «et là je le veux». Je vais faire un projet avec elle, je veux qu'elle voyage. Et c'est parti de là.
[00:14:56] Speaker B: C'est fou.
[00:14:57] Speaker A: Ouais.
[00:14:58] Speaker B: Puis à partir de cette journée-là, t'as voyagé et t'as juste voyagé pour jouer au football professionnel.
[00:15:08] Speaker A: Ouais.
[00:15:09] Speaker B: À l'international.
[00:15:10] Speaker A: Ouais.
Et je mentais à ma mère.
Ah ouais? Ouais.
C'est fun, mais je peux le dire aujourd'hui. J'espère qu'elle ne va pas regarder le podcast.
Je m'en tiens à ma main parce que sortir aussi jeune, c'est difficile pour une maman.
C'est vrai que moi, je suis la cinquième.
J'ai déjà trois grands frères, une grande sœur.
Et me laisser partir comme ça, non, c'était pas facile pour elle. Qu'est-ce que je disais à ma mère? Je disais, non, t'inquiète pas. Quand je vais là, c'est aussi pour apprendre. Ils vont m'instruire dans des écoles là-bas. Et pourtant, c'était pas vrai.
Il fallait qu'elle donne son autorisation.
C'est ça. Je sais que je suis pas la première, mais c'est... Avec du recul, je me dis, est-ce que...
J'aurais pu faire la même chose, oui, j'aurais fait la même chose parce que c'est quelque chose que j'aimais.
Et je voyais aussi l'état dans lequel ma famille vivait. Je me disais que c'était une opportunité pour moi de sortir ma famille de cette situation-là.
[00:16:08] Speaker B: Est-ce que c'était ton plus grand motivateur pour continuer?
[00:16:12] Speaker A: Oui.
Oui.
Donc ça, ça me donnait encore beaucoup plus d'aile.
Ça me faisait rêver grand, en fait, de savoir qu'à travers le sport, je pourrais aider ma famille.
Donc ça me motivait encore plus.
[00:16:29] Speaker B: Est-ce qu'aujourd'hui, t'es fière de les avoir aidés? Est-ce que aujourd'hui t'es... – Oui.
[00:16:33] Speaker A: Aujourd'hui, je peux dire que je suis fière de les avoir aidés, même si pour moi, moi, je trouve que c'est pas assez.
Mais je pense quand même que j'ai quand même essayé de faire quelque chose. Et j'essaie que quelque part, ils soient fiers de moi.
[00:16:47] Speaker B: – Ça, c'est sûr. J'en suis convaincu. Non, mais c'est vraiment exceptionnel.
Parce qu'après ton passage en Russie, t'as fait un retour au Cameroun.
[00:16:57] Speaker A: – Oui.
[00:16:58] Speaker B: Pour jouer en première division, est-ce que t'es revenue pour jouer locale?
Est-ce que c'était pour donner d'autres opportunités? Ton contrat était terminé.
C'était pour quelle raison que tu décides de revenir à la maison?
[00:17:15] Speaker A: La raison pour laquelle je suis rentrée, pour être franche, c'est parce que j'y étais abusée.
J'étais abusée à ce contrat-là. Parce qu'étant donné que j'avais signé étant mineure, et passer six mois, un an dans un pays étranger où tu gagnes rien, et tu sais que t'as beaucoup de défis à relever, ça c'est difficile.
Et à la fin, quand je me suis plaint au niveau de l'équipe en leur disant pourquoi je ne perçois pas de salaire, ils m'ont dit non, il faut parler avec ton manager, celui qui t'a fait venir ici.
Et quand je suis allée vers lui, C'était juste, il me disait non, il faut être patiente. Et je ne pouvais pas rester là sans rien faire.
Alors j'ai commencé à parler avec des coéquipières qui étaient suivenus par le même manager.
Et ces coéquipières m'ont fait comprendre que c'est comme ça que le monsieur fonctionnait.
Et quand le club a été informé de cette situation-là, J'ai eu une conversation avec le team manager de l'équipe, le directeur général, et il m'a fait comprendre que déjà je suis encore très jeune.
Être abusée, ce n'est pas bien, qu'ils préfèrent mettre fin à un autre contrat.
Et moi, je n'ai pas refusé, j'ai accepté et je suis rentrée.
C'était juste ça.
[00:18:37] Speaker B: Est-ce que c'est une réalité qui est...
qui est plus présente qu'on peut le penser?
[00:18:43] Speaker A: Oui.
Elle est très, très présente.
Très, très présente, très fréquente même.
Donc, au départ, je dirais, peut-être je ne suis pas très sûre sur les statistiques, mais je pourrais dire que 60% des premiers contrats des jeunes talents sont toujours basés sur des abus.
[00:19:06] Speaker B: Ah ouais!
[00:19:08] Speaker A: C'est très fréquent, c'est vraiment très fréquent.
[00:19:12] Speaker B: C'est fou ça, je ne m'attendais pas à ça.
[00:19:14] Speaker A: C'est une réalité.
Mais lorsque tu as déjà été abusé une première fois, tu commences à être prudent.
Et le plus souvent, beaucoup de personnes font l'erreur de signer des longs contrats avec des managers. Ce qui fait en sorte qu'ils deviennent emprisonnés par rapport à la signature qu'ils ont posée.
Et pendant des années, tu peux être là, tu travailles pour quelqu'un et tu ne gagnes pratiquement rien.
[00:19:40] Speaker B: C'est fou ça.
C'est quoi la plus grande leçon que tu retires de l'expérience, cette expérience-là, professionnelle, de signer des contrats, plus le côté business du sport, j'ai envie de dire?
[00:19:56] Speaker A: S'il y a quelque chose que je retiens de ça, c'est qu'il faut toujours être prudent.
Il ne faut pas faire...
Aveuglement confiance aux gens.
Même quand ils te proposent une grande opportunité pour ta vie, pour ta carrière et pour ta famille.
Il faut toujours faire attention.
Prendre le temps de bien lire.
Très bien lire. Si tu ne sais pas lire, cherche à consulter quelqu'un qui a quand même un bon niveau intellectuel. Ça peut aider.
[00:20:27] Speaker B: parce que dans le fond, en Afrique, ce que je comprends, c'est qu'il y a plusieurs athlètes qui ont des énormes talents, qui les prennent, qui les envoient dans d'autres pays pour compétitionner, mais qui l'utilisent, leur talent, pour s'enrichir eux-mêmes.
Donc, c'est l'utiliser quelqu'un, littéralement.
[00:20:48] Speaker A: C'est fou, hein?
[00:20:50] Speaker B: C'est... Non, c'est vraiment fou. Tout est...
tiré par l'argent, tout est avancé par l'argent.
La coupe du monde vient de se terminer, puis c'est fou de voir à quel point c'est très leadé par l'argent. Là, ils veulent rajouter des équipes, je crois, ils veulent créer, ils veulent grossir ça encore plus, ils veulent trouver des façons.
C'est correct, il y a l'aspect business qui est le fun, qu'on comprend tous, d'aller abuser de certains athlètes, c'est quand même intense.
[00:21:28] Speaker A: C'est très courant en Afrique. C'est vraiment très courant, très fréquent.
Au départ même, c'est tellement courant que pour un jeune, il est capable de l'accepter. C'est comme si on t'avait formaté la tête à accepter des abus, juste parce que tu veux sortir de la misère, je vais le dire comme ça. Juste parce que tu t'es dit, si je signe un contrat de 5 ans avec lui, il va manger pendant 5 ans, mais après 5 ans je vais me libérer. et je vais pouvoir manger après. Mais c'est difficile parce que le temps passe très vite aujourd'hui.
Cinq ans, c'est beaucoup pour un sportif.
[00:22:10] Speaker B: C'est énorme.
[00:22:11] Speaker A: Voilà.
[00:22:12] Speaker B: C'est fou.
Est-ce que tu peux me donner un range, disons, de les contrats ressemblent à combien?
[00:22:23] Speaker A: C'est difficile.
Surtout qu'au niveau du football féminin, c'est pas professionnel, je vais le dire comme ça.
Même le manager ne va jamais te dire combien tu signes ton contrat.
Il va juste te dire qu'on va te payer telle somme à la fin du mois.
C'est à ce niveau parce que si t'es dit combien tu signes dans ton contrat, forcément, même si t'es pas intelligent, tu vas poser la question combien me reviennent. Mais ils vont jamais te dire ça. C'est très difficile de rencontrer quand même certains qui vont te dire bon ce contrat là c'est telle somme et voilà. C'est vraiment difficile de rencontrer ces personnes là qui prennent du temps pour t'expliquer comment ça se passe dans ton contrat.
C'est difficile.
[00:23:15] Speaker B: T'as signé avec la Slovaquie et la Serbie ensuite. Donc t'es allé en Europe jouer.
C'était comment ces moments? Comment tu les as trouvés? Est-ce que t'as des histoires qui t'ont marqué de l'Europe? Je sais que t'as probablement joué dans des énormes stades avec les présences, surtout à la Ligue des champions.
[00:23:43] Speaker A: Avant d'arriver peut-être en Slovaquie, je vais revenir sur la Russie.
Un moment qui m'a marquée aussi en Russie, c'est lors d'un match, il y a des spectateurs de l'équipe Aves qui me lançaient des bananes.
Et c'était ma première fois peut-être d'être face à cette réalité là qu'on parle toujours de racisme sur le terrain et autre. Moi c'était la première fois mais pour moi comme il parlait russe Je me suis dit je ne comprends pas. Et lancer la banane à quelqu'un, je ne vais pas prendre ça pour me victimiser. Je vais juste comprendre que celui-là, il ne comprend rien.
Donc pour moi, au niveau de la Russie, c'était quelque chose qui m'avait beaucoup manqué.
Et en Slovakie, moi j'ai vraiment profité parce qu'avec le passage que j'avais déjà eu en Russie, ça m'a fait grandir. Quand ça m'a fait grandir, avec le manager, on s'est séparés. Mais à l'amiable, il n'y avait pas de problème. Moi, je promets toujours la relation humaine. Peu importe comment ça peut se passer, c'est vrai qu'on court tous derrière la jambe, mais je pense que le côté humain doit primer dans toute chose.
Donc avec le monsieur, on s'est bien séparés, je suis rentrée au Cameroun, j'ai fait une très belle saison là-bas, avec l'aide d'une amie qui était déjà assez mûrie dans ce domaine-là, elle m'a trouvé un contact et Et c'était un club qui voulait vraiment se faire connaître déjà dans le pays et aussi à l'international, dont à l'Europe, pour pouvoir jouer les Champions League ou les tours préliminaires. Alors quand je suis arrivée là-bas, j'étais bien entourée aussi. L'équipe m'a vraiment pris soin de moi et tout s'est bien passé là-bas. Et c'était ma première fois de jouer les tours préliminaires de la Champions League. C'était un autre niveau, mais j'étais déjà préparée, je vais dire comme ça, donc moi j'ai profité juste.
[00:25:48] Speaker B: Comment qu'on se prépare pour jouer à un niveau professionnel?
[00:25:55] Speaker A: On s'entraîne et dans la tête on se dit qu'on est meilleur.
On s'entraîne, ouais, on s'entraîne.
Par exemple, quand moi je suis arrivée, c'était une équipe où il n'y avait pas encore d'étrangères, il y avait juste des soulovaks, dont j'étais la première.
Et vous savez, un club ne peut pas dépenser pour que tu viennes t'asseoir au banc.
Quand on prend une étrangère, c'est parce qu'on sait qu'elle est au-dessus des autres.
On ne s'attend pas à ce que tu sois au même niveau que les autres.
Avec déjà l'expérience de la Russie où j'avais aussi beaucoup appris, je savais déjà que partout où j'irais, il faudrait que je montre que je suis vraiment la meilleure et donc je me préparais, je m'entraînais.
Quand on finissait les séances d'entraînement avec le club, je rentrais, je partais encore en salle, j'essayais de voir qu'est-ce que les autres ont de plus que moi et les améliorer au jour suivant. Donc c'est comme ça et c'est aussi psychologique. On essaie de regarder d'autres matchs, des autres personnes qui jouent à ton poste, comment ils font, comment toi tu devrais faire aussi pour être à la hauteur.
Donc c'est tout un travail.
[00:27:16] Speaker B: Tu dirais que c'était quoi ta force? Qu'est-ce qui te donnait un avantage sur les autres athlètes?
[00:27:25] Speaker A: L'avantage je dirais, l'adaptation.
Je m'adapte très vite déjà.
Même si je comprends pas la langue, moi j'ai toujours dit que dans le sport, on parle le même langage.
Et un athlète, il a toujours cet esprit de gagnant.
La concurrence, c'est pas... Il fait de la concurrence une force, en fait.
Et moi j'avais déjà forgé ça.
Comme je te disais tantôt, depuis déjà toute petite, en jouant avec les hommes, ça te forge.
Et avec les hommes, ils ne vont pas te caresser, ils vont te chicoter les pieds, ils vont venir imposer leur force et leur autorité d'homme. Et toi en tant que femme, tu te dis, moi j'ai quand même quelque chose à défendre, j'ai quelque chose à démontrer.
Et ça, ça a toujours été, je crois que j'ai ça depuis toute petite. Le fait d'avoir commencé avec les hommes, ça a forgé ça en moi. Et l'adaptation avec les autres coéquipières, ça a toujours été un plus pour moi. Parce qu'avec d'autres personnes c'est très difficile quand tu reviens d'un environnement qui n'est pas le sien.
T'adapter ça te prend peut-être 6 mois, 3 mois.
Moi il suffit de 3, 4 séances, je m'adapte et je commence à me sentir bien.
Et aussi je dirais que j'ai une bonne vista.
Parce que moi je suis au milieu du terrain et ça c'est très important et j'ai un très bon cardio.
C'est très important dans mon poste. Et avec ça, ça faisait en sorte que j'avais toujours un plus. Et le fait de toujours apprendre, poser des questions, ça m'a toujours aidée. Ça a toujours fait en sorte qu'il y ait cette petite différence entre les autres et moi.
[00:29:15] Speaker B: Ton quotidien de joueuse professionnelle, ça ressemble à quoi quand tu arrives dans un club professionnel comme ça?
[00:29:22] Speaker A: Mon quotidien de joueuse professionnelle, Déjà, il y a un programme. Dans chaque club, il y a un programme. Il y a des séances d'entraînement qu'il faut respecter, qui sont obligatoires.
Et à toi aussi, tu dois avoir tes séances personnelles.
Et à part ça, il faut beaucoup de repos aussi.
Il faut aussi s'adapter comme je disais. On s'adapte en parlant avec d'autres personnes, en cherchant à comprendre la langue du pays.
Parce que c'est important.
L'adaptation c'est ça. Il faut chercher à comprendre. Par exemple en Russie, je parle pas russe mais je faisais des efforts pour comprendre. Ça veut dire qu'avec mes coéquipiers qui parlaient anglais, je leur disais, essayez de me dire des mots faciles à comprendre en Russie pour que je puisse m'adapter.
Et je sortais, je faisais du shopping. Ça, ça permet de voir l'environnement dans lequel je suis, mais pas toujours rester dans l'environnement sportif, sortir un peu de là pour pouvoir comprendre, aller au marché, par exemple, parce qu'il y a des marchés publics. Et c'est là où tu vois comment les gens sont, les gens se comportent et ça te permet aussi de mieux comprendre une certaine réalité que d'autres personnes ne veulent pas voir ou n'en parlent pas souvent.
[00:30:39] Speaker B: C'est intéressant. Comment tu décrirais la Russie?
C'est un pays qu'on n'entend pas beaucoup parler.
En Amérique du Nord, on ne parle pas de la Russie. On les voit comme des grands méchants et tout.
Mais Shkiryu, est-ce que tu aurais voyagé en Russie si tu n'avais pas eu de contrat?
[00:31:02] Speaker A: Oui.
[00:31:03] Speaker B: Ah ouais?
[00:31:03] Speaker A: Ah ouais.
Parce que moi, comme je t'ai dit, les Russes sont des gens vrais, en fait.
Moi, je le prends comme ça parce qu'ils te disent des choses en face.
Nous, on ne te connaît pas le noir.
Et comme on ne connaît pas le noir, tout ce qu'on connaît du noir c'est qu'il souffre.
Et qu'il ne faut pas faire confiance au noir.
Puis quand je parle de noir c'est pas pour être raciste, c'est juste parce qu'il se fie à la peau noire.
Donc c'est pourquoi moi je parle beaucoup plus de noir.
Donc ils ne connaissent pas, ils ont peur du noir.
Il se dit que l'Africain vit dans des conditions tellement misérables et dans la forêt.
Et c'est quelque chose que tu peux pas les enlever ça parce que c'est ce qu'on leur a dit. Ils ont grandi avec ça.
Et quand ils voient une personne qui vient de l'Afrique ou bien qui a de la couleur noire, ils sont très méfiants.
Parce qu'ils se disent nous on vit avec des animaux.
En fait, c'est ça le mot en fait.
On vit avec des animaux, il n'y a pas de voiture, il n' y a pas de développement, il y a seulement la guerre, il y a des animaux. Il y a même d'autres qui te posent la question de savoir si tu as déjà mangé avec un lion.
[00:32:14] Speaker B: Quoi?
[00:32:14] Speaker A: Ouais.
Mais c'est vrai.
Bon moi je comprends ça et je me dis il ne connaît pas.
Là c'est pas insultant parce qu'il te fait comprendre qu'il ne te connaît pas. Mais celui qui t'insulte par exemple, là c'est autre chose.
Peut-être il a déjà cette connaissance là, mais qui t'insulte c'est autre chose. Ce sont des gens qui ne sont pas bien. Même moi je pourrais voyager aujourd'hui, demain pour la Russie parce que pour moi c'est quelqu'un qui te dit moi je ne te connais pas, je ne te fais pas confiance et je ne veux même pas te faire... Je ne vais pas te fréquenter.
Mais il y a d'autres personnes qui vont te dire ok je ne te connais pas mais je veux te connaître.
Je pense que c'est un peu, c'est le quotidien d'un peu partout.
Par contre dans mon passage, il y a un passage qui n'est pas cité.
Mais c'était juste une parenthèse, j'ai fait deux mois là-bas mais ça m'a traumatisé. En Allemagne par exemple.
Moi j'ai fait l'Allemagne.
Mais cette période là m'a traumatisée.
C'est l'endroit où j'ai plus vécu le racisme.
En Allemagne? En Allemagne.
[00:33:22] Speaker B: Qui est un pays très bien développé européen.
[00:33:26] Speaker A: Ouais.
Parce que je suis allée faire des tests dans un club là-bas.
Ça s'est bien passé avec le club, mais ma carte de séjour était arrivée à jour. Il fallait rentrer, revenir. Le club aussi n'avait pas assez de moyens parce que c'était un club de deuxième division.
Et c'est que je comprenais pas. Je comprenais pas déjà la langue.
Et en Allemagne, ils parlent pas trop anglais aussi.
Ils cherchent pas à comprendre l'anglais. Eux, c'est l'allemand.
Les vrais Allemands, ils ne veulent même pas connaître une autre langue. Pour eux, c'est leur langue qu'ils mettent en valeur.
Et moi, je ne comprenais pas.
Et je n'étais pas la seule Africaine, en fait. Nous étions trois.
Il y avait deux Sud-Africaines et moi.
Et à chaque fois qu'on finissait des séances d'entraînement, on allait se doucher. Si on trouvait d'autres coéquipières à l'intérieur, même si elles n'avaient pas encore fini de prendre leur douche, elles sortaient. Mais nous, on ne comprenait pas ça.
On ne comprenait pas pourquoi elle sortait. Si on la trouve quelque part, on veut se joindre au groupe, elle se disperse. Au départ, tu ne comprends pas, tu ne te poses pas de questions, tu te dis peut-être, c'est rien.
Mais c'est quand quelqu'un du groupe vient te dire, si on fait ceci, c'est parce qu'on ne t'aime pas.
On ne te veut pas ici.
C'est là où tu comprends que ce qu'on dit du racisme est vrai. Il y a d'autres personnes qui sont comme ça. Tu ne peux pas les changer.
Moi, c'est en Allemagne que j'ai subi vraiment ce qu'on appelle le racisme.
Mais ça aussi, ça m'a forgé.
Ça m'a fait comprendre aussi que tu peux t'entraîner avec quelqu'un, tu peux jouer avec quelqu'un dans un même club, mais il ne t'aime pas.
Pas parce que tu joues mal, mais parce que tu viens de l'Afrique.
Et il faut accepter ça, il faut faire avec.
[00:35:19] Speaker B: Pourquoi tu penses que les gens ont cette perception des Africains, ont cette perception des athlètes africains?
[00:35:33] Speaker A: C'est pas au niveau du sport seulement je pense.
Ils ont cette façon de voir les choses sur les gens. Je me dis pas manque de connaissances aussi.
[00:35:45] Speaker B: Je pense c'est ça.
[00:35:46] Speaker A: C'est pas manque de connaissance. Ils ne sont pas les... Ils cherchent pas.
Tu as fait une introduction sur moi, par exemple. Tu es allé chercher des choses, même des informations que je ne pensais pas que tu pouvais avoir, tu es allé les chercher.
Mais si toi, tu n'étais pas allé chercher ça, tu n'allais pas savoir aussi qui je suis à la fin.
Pour connaître quelqu'un, il faut aller le chercher.
Pour connaître l'Africain, s'il vit bien ou mal, il faut aller chercher des informations.
Et je me dis aussi quelque part, c'est nous-mêmes aussi.
Le fait de toujours se faire voir pour...
Comment est-ce que je vais dire ça? Je cherche un mot qui peut pas être très offensant pour d'autres personnes.
Faudrait qu'on arrête de se voir pour des victimes aussi.
Si tu vas sur Google et que tu tapes par exemple l'Afrique, qu'est-ce que tu vas voir?
Un enfant qui est mal nourri avec un gros ventre.
C'est la première image que tu as de l'Afrique quand tu vas sur Google.
Et c'est là depuis même avant que je ne naisse.
Pourquoi aujourd'hui, nous-mêmes Africains, on n'essaie pas de mettre en valeur ce qu'on a déjà?
Pourquoi cette image-là a réussi à rester là aujourd'hui, des décennies et des décennies, et pourtant il suffit juste d'appeler Google et leur dire supprimer cette image-là, elle ne représente pas l'Afrique?
Parce que c'est ce que les gens voient qu'ils vont prendre.
Et si c'est cette image que les gens ont de l'Afrique, ils vont croire que les Africains sont vraiment comme cet enfant-là.
Mais tous les Africains ne sont pas comme ça. Il y a des beaux pays, il y a des belles personnes en Afrique.
L'Afrique est un très grand continent avec beaucoup de richesses.
Mais si nous-mêmes on ne met pas ça en valeur parce que si quelqu'un te regarde de travers, tu dis il est raciste. Tu frisses aussi la personne.
Tu mets une distance entre toi et cette personne-là.
Si quelqu'un te regarde de travers, moi j'ai... Au Kazakhstan, par exemple, là où tu vas aller, au Kazakhstan, moi je marchais, j'avais d'autres coéquipières africaines avec moi. Quand on marchait, il y avait des gens qui venaient nous toucher la peau.
[00:37:56] Speaker B: – Quoi?
[00:37:57] Speaker A: – Ouais.
Ils venaient nous frotter la peau comme ça.
Je sais pas ce qu'ils avaient en tête, mais moi je prenais ça, c'était drôle pour moi.
Parce que je me dis qu'on ne connaît pas, il n'a jamais vu.
Ils viennent, ils marchent à côté de toi, ils veulent te parler mais ils ne savent pas comment est-ce qu'ils peuvent t'aborder. Mais si toi tu fais le premier geste, tu casses une barrière et la personne s'approche de toi, il dit est-ce que je peux prendre une photo avec toi. Même s'il parle en kazakh, il va te l'expliquer, il va faire des gestes, la gestuelle aussi parle et tu vas comprendre qu'il a peut-être besoin juste d'une photo.
Il y a beaucoup de barrières. Je ne peux pas parler pour tout le monde, mais je sais que pour moi, le plus difficile est où j'ai vraiment vécu du racisme, c'était en Allemagne. Ce n'était pas en Russie comme les gens peuvent le penser.
[00:38:46] Speaker B: C'est fou ça, je ne m'attendais vraiment pas à ça. L'Allemagne en plus, t'es restée quelques mois, deux mois.
[00:38:53] Speaker A: Oui, deux mois.
[00:38:55] Speaker B: Aïe, c'est choquant pareil.
J'aime ça souvent ressortir le positif de ces expériences-là, puis depuis le début, je comprends l'aspect positif que tu essaies de ressortir de ces expériences-là, dans le sens que je vois que tu essaies de comprendre, puis de dire, écoute, il y a une raison pourquoi les gens agissent de cette façon-là.
Mais en même temps, de dire, écoute, on n'est pas des victimes, puis on est capables de le faire, nous aussi. Donc ça, je trouve ça vraiment beau.
Tu dirais que... ce serait quoi le meilleur conseil que tu aies reçu?
lors de ta carrière professionnelle, de ces voyages, de ces expériences?
[00:39:38] Speaker A: Le meilleur conseil que j'ai reçu, je dirais pas que c'était un conseil, mais je pourrais dire que l'expérience que j'ai peut-être tirée, qui a fait de moi quelqu'un, toujours accepter l'être humain tel qu'il vient.
Ne pas chercher à le juger parce qu'il est venu peut-être étant violent. Il y a toujours une histoire qui se cache derrière un acte.
Pour moi, c'est ça.
[00:40:02] Speaker B: Il y en a qui disent que le mal n'existe pas parce que si les gens savaient ce qu'était le mal, bien, ils ne feraient pas de mal.
Je ne sais pas si c'est bien expliqué, mais ça fait du sens. Je dirais que, je ne sais pas, je parle pour ma réalité, mettons, ici.
C'est une chose que j'ai remarqué souvent, pis t'sais, je m'inclus là-dedans. Des fois, on a la critique facile, très facile.
Mais il y a une chose que ça m'a vraiment choqué, où est-ce que, quand j'ai commencé à faire de la recherche sur toi, sur qui t'étais, mais aussi sur où t'as joué, parce qu'il fallait que je m'informe, j'avais aucune idée des pays, j'avais aucune idée, je voulais voir c'était comment.
Pis l'image que tu donnes, c'est vrai, c'est beaucoup mis de l'avant.
On vend le continent de l'Afrique comme étant une place avec des gens qui vivent dans la misère et tout. Mais il y a beaucoup plus de valeurs, je crois, qui sont ressorties. Puis vous avez un peuple.
que quand je regarde, vous en avez qui ont très bien réussi. Donc, c'est toutes des inspirations, mais je suis vraiment choqué, pour vrai. Je m'attendais vraiment pas à ça. C'est vraiment cool que tu prennes le temps de venir partager ça, pour vrai. T'as eu la Ligue des champions. Alors, du cas excitant, si je me trompe pas, la Ligue des champions, c'est une ligue où les meilleurs clubs de chaque pays, je crois, de… Kazakhstan, c'est… c'est quoi, c'est en Asie, Europe?
[00:41:38] Speaker A: Ouais, en Europe de l'Est.
[00:41:39] Speaker B: Ouais, en Europe de l'Est. Donc, tu as fait partie d'une équipe qui a fait partie de la Ligue des champions, donc dans les meilleures équipes européennes qui compétitionnent contre. Explique-moi l'expérience de ce tournoi. C'est comment les stades, les… J'ai cru je veux t'entendre. As-tu des histoires qui t'ont marqué de ces moments?
[00:41:59] Speaker A: Ah ouais.
[00:42:00] Speaker B: Fais-nous rêver.
[00:42:01] Speaker A: Oh, les stades.
Pas vraiment parce que déjà le Kazakhstan aussi est développé, très développé au niveau des stades aussi.
Mais je dirais que c'était fun de voyager, le tourisme que tu fais.
Quitter le Kazakhstan, aller jouer peut-être à l'Écosse, un match, en Islande, en France, en Espagne, en Italie.
Là c'est vraiment fun.
Pour moi, j'ai profité, comme je l'ai dit, Quand tu fais quelque chose que t'aimes, essaie toujours de profiter au maximum.
Et pour moi, j'ai beaucoup profité.
Mais quand je jouais avec les équipes de seconde zone, parce que même en Champions League, il y a des équipes de second zone, je me sentais bien. Mais lorsque j'ai joué contre des équipes comme Paris, j'ai compris que j'avais encore beaucoup à prendre.
Ouais, ouais, ouais. Et le plus long score que j'ai eu dans ma carrière de footballeuse, c'est un jour avec Lyon-Paris.
Je pense, oui, c'était juste ces deux clubs-là.
que tu vas jouer contre lui il te donne 10-0.
Mais tu comprends que c'est un autre niveau.
Ce sont des personnes qui ont commencé depuis et il y a un investissement à long terme.
Et quand t'es en face de cette fille là, Il y a des années en arrière, tu la voyais juste à la télé et que tu aies cette fille-là en face de toi sur un terrain, c'est frustrant déjà. Mais tu aimerais bien montrer que tu as aussi quelque chose à proposer. Mais c'est difficile, c'est très difficile parce que là-bas, tout est contrôlé. La nutrition, tout. Tout est contrôlé, tout est contrôlé dans ces grands clubs-là. Moi j'étais juste dans un petit club au Kazakhstan, bon pas petit en tant que tel, le Kazakhstan c'est un petit pays comparé à la France qui est dans le sport depuis des années. Donc moi je sortais d'un pays où le football est encore...
en retard, on va dire ça comme ça, et il fallait jouer contre Lyon. On prenait des low score, des très low score. Mais dans tout ça, je comprenais que j'avais encore beaucoup à apprendre, beaucoup, énormément à apprendre. Parce que j'ai joué contre Lyon, à Lyon, quand il y avait encore la Canadienne, j'oublie son nom, une Canadienne qui jouait là-bas, elle jouait en défense centrale.
elle joue à l'équipe nationale du Canada, j'ai joué contre elle. Mais c'est un autre niveau.
Elles n'ont pas besoin de s'appeler.
C'est comme si c'était programmé.
T'as un groupe de filles qui font tout ensemble.
Et toi, c'est deux mondes. C'est vraiment deux mondes.
Mais j'ai beaucoup appris aussi.
J'ai beaucoup appris parce que c'est aussi là où j'ai compris qu'il ne suffit pas juste d'avoir le talent.
Parce que pour comprendre comment jouent ces filles-là sur le terrain, c'est parce qu'elles ont déjà une base, qui est l'éducation.
Surtout le jeu qu'elles sortent sur le terrain.
Non, c'est pas pour quelqu'un qui n'a pas un bon niveau.
Que ce soit intellectuel, que ce soit physique, moral.
C'est un investissement.
C'est un investissement et moi j'avais pas investi comme ça sur moi-même. Et le club où je jouais aussi n'avait pas investi comme ça. Pour eux c'était un privilège déjà d'être qualifié.
Et il fallait juste qu'on profite Même l'entraîneur nous disait, donnez le meilleur de vous-même. On est en face de nous, des grands clubs qui sont là depuis.
Mais faites-vous plaisir.
Et c'est ce que moi j'essaie de faire à chaque fois.
[00:46:00] Speaker B: Faut pas oublier que c'est un jeu même si à ses niveaux c'est...
[00:46:04] Speaker A: C'est un autre niveau.
[00:46:04] Speaker B: C'est un autre niveau, exactement.
[00:46:05] Speaker A: C'est un autre niveau.
[00:46:06] Speaker B: Qu'est-ce que tu dirais qui...
Qu'est-ce qui rend un athlète de football le plus complet?
[00:46:15] Speaker A: C'est difficile de répondre à cette question-là.
C'est vraiment difficile.
Je ne sais même pas s'il y a des athlètes qui sont aussi complets que ça, parce qu'il y a toujours des manques. Il y aura toujours des manques que tu aimerais combler, mais c'est difficile de répondre quand même à cette question-là.
Mais je pense que quand t'es dans un bon environnement, c'est important.
Et tu sais d'où tu vas aussi.
[00:46:44] Speaker B: C'est ça, c'est... C'est tous des... des aspects... C'est que j'ai l'impression que c'est un... C'est un sport qui... qui ressemble pas au sport que moi j'ai pratiqué, là. T'sais, vous êtes 11 sur le terrain, mais vous avez chacun vos positions.
[00:47:04] Speaker A: Oui.
[00:47:06] Speaker B: mais j'ai l'impression que malgré le fait que vous faites pratiquement toutes la même chose, vous ne faites pas tous la même chose, surtout avec les gabarits.
Je regardais la coupe du monde, il y a des joueurs qui sont énormes, il y en a qui sont tout petits, ultra rapides.
C'est intéressant que tu me dises que c'est dur à dire qu'est-ce qui rend un athlète complet au soccer.
C'est intéressant.
[00:47:43] Speaker A: C'est vraiment dur, c'est vraiment dur.
[00:47:45] Speaker B: Parce que tu vois, si je compare au football américain, souvent on va parler du IQ, de l'intelligence de jeu. On va parler souvent de la vitesse du joueur.
On va parler de ses déplacements, changement de pied, choses comme ça.
Mais oui, c'est fou. Je ne m'attendais pas à ça. C'est un sport que je découvre encore une fois aujourd'hui.
J'ai envie de parler de la coupe d'Afrique.
T'as participé deux fois, si je ne me trompe pas, à la coupe d'Afrique.
[00:48:26] Speaker A: Deux fois, oui.
[00:48:28] Speaker B: Ouais, deux fois.
Il y a une année où il s'est passé une petite histoire un peu amusante. En fait, t'as fait partie, sans dire d'un scandale, mais t'as été disqualifiée parce qu'un autre équipe avait fait une plainte sur ton éligibilité pour jouer dans l'équipe.
Tu peux-tu nous mettre du contexte?
C'est quoi qui est arrivé exactement? Tu vas te faire disqualifier quand même, c'est pas rien. Je crois que finalement tu avais réussi à jouer. Ouais, c'est ça.
C'est quoi l'histoire derrière?
[00:49:07] Speaker A: L'histoire, comment est-ce que je peux la raconter?
Elle est difficile à raconter parce que je ne suis pas la personne qui avait porté plainte pour cette personne-là avec ses raisons.
Et jusqu'à aujourd'hui, je n'ai jamais eu l'occasion d'avoir ces raisons-là. Mais tout ce que je sais, c'est que Je suis née au Cameroun, j'ai grandi au Cameroun. Mais j'ai eu la chance de représenter un autre pays.
Et pour ça, je n'ai jamais représenté le Cameroun déjà dans un match officiel.
Et donc j'avais tous mes droits. Pour moi, je pense que j'avais tous les droits de jouer où je veux.
Et la Guinée a toqué à ma porte et j'ai accepté. Donc ça s'est fait naturellement.
Et plus tard, j'avais même déjà fait plusieurs sélections avec la Guinée. Lorsque l'histoire vient même exploser, je ne sais pas ce qu'avait animé cette personne-là, je ne sais pas ce qu'il animait. Mais après un match contre le Kenya, on joue contre le Kenya, on gagne le Kenya. C'était pour un match de qualification.
On gagne le Kenya, je joue mon match, je n'ai pas de problème.
Je crois que je jouais dans un club à l'extérieur aussi. Moi, j'étais juste venue pour jouer. J'ai été appelée juste pour jouer ce match-là.
Quelques temps après le match, on me dit que le Kenya a porté plainte contre toi parce qu'on n'est pas sûr de ta nationalité. Je dis ok, qu'est-ce qu'ils veulent savoir?
On a essayé de parler avec les gens de la fédération.
Ils disent que le Kenya a eu des appels avec le Cameroun. Le Cameroun leur a certifié que j'avais déjà représenté le Cameroun dans un match officiel.
Parce qu'une fois que tu as déjà représenté un pays, il y a une autre procédure après pour changer de nationalité. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus visible et c'est à la portée de tout le monde. Mais avant, il n'y avait pas tout ça.
Si tu voulais changer de nationalité, il fallait juste savoir si tu es éligible ou pas et si le pays a besoin de toi. Donc pour moi, ça s'est fait naturellement.
Et après, ce scandale-là est arrivé. Un gros scandale. C'était vraiment... Je crois que j'étais aux États-Unis pendant cette période-là. Quand le scandale est arrivé, oui.
J'ai été suspendue. Et je n'étais pas la seule.
En fait aussi il faut savoir que la Guinée équatoriale avait déjà des antécédents avec la CAF.
Parce que la Guinée c'est un pays, un tout petit pays de l'Afrique centrale qui a aujourd'hui, je compte, je crois ils ont 2 millions d'habitants. Ils sont très petits. Et ils ont l'habitude d'aller chercher des talents ailleurs pour venir renforcer et donner un peu de visibilité au pays. Parce que le sport aussi c'est dans ça. C'est dans ça, promouvoir la culture qu'elle soit sportive ou autre. C'est ça que la Guinée avait l'habitude de faire. Et la Guinée avait de l'habitude de chercher des Brésiliennes, venir avec elle et il n'y avait jamais eu un problème. Mais ce mois s'est tombé et c'était un gros scandale. C'était il y a quelques mois de la Coupe d'Afrique.
où j'ai prouvé et j'ai appelé aussi des personnes qui étaient à la filière. Jusqu'à aujourd'hui, on ne sait même pas qui avait donné cette information-là.
[00:52:39] Speaker B: Ah ouais?
[00:52:40] Speaker A: Oui, je pense que c'était juste une personne de mauvaise foi qui voulait juste saboter ma carrière.
Et il s'est pris de la mauvaise manière parce qu'il n'y avait rien qui prouvait que j'avais joué pour le Cameroun. Je peux être Canadienne, mais je joue pour les États-Unis. C'est possible ça. Sportivement, c'est possible. Maintenant, est-ce qu'il y avait des procédures à faire pour que je sois éligible pour jouer pour la Guinée équatoriale? Je ne pense pas à cette période-là, il n'y en avait pas.
Et la Guinée a fait ce qui était mieux.
Et nous avons fait ce qui était mieux, parce que c'est dit que la Guinée a fait. Et on a fait ce qu'il fallait faire pour que je puisse jouer et représenter la Guinée équatoriale.
Donc il n'y avait même pas de problème après ça. Mais c'était un gros scandale quand même, je reconnais. C'est un méchant goût.
[00:53:31] Speaker B: Donc c'est légal de pouvoir représenter un autre pays tant que t'as pas représenté un autre pays à l'international.
Oui.
[00:53:39] Speaker A: Effectivement.
[00:53:39] Speaker B: Je comprends.
Quand même une folle histoire. Imagine être pris dans une situation comme ça.
Puis c'est des pays, là, c'est pas juste un club, une ligue, Division 1, quelque part, là. Là, c'est les pays.
[00:53:55] Speaker A: C'était pas facile pour moi parce que je me rappelle même la vidéo que j'avais faite pour envoyer à la CAF pour me justifier.
C'est une vidéo où j'avais même fait intervenir ma mère.
Je leur disais, OK, si vous voulez me punir, puni. Parce que j'ai pas été seulement suspendue, on a suspendu aussi le pays.
Et moi j'avais dit, suspendre un pays, porter ça sur ma mémoire, c'est difficile.
Si vous voulez me suspendre, parce que peut-être c'est moi la personne, faites-le pour moi, sur moi, sur ma personne, mais laissez le pays aller compéter. Parce qu'il y a des filles qui ont tout donné pour gagner ce match, on l'a gagné sur le terrain, aller et retour. Vous n'allez pas condamner tout un pays, toute une équipe, Tout simplement parce qu'une personne, peut-être si vous dites que moi j'ai fauté, ok, ça arrive, je peux pas tout connaître.
Mais là suspendre un pays pour la coupe d'Afrique c'est quand même énorme. Mais la CAF a fait ce qu'il fallait. ils ont fait tout ce qui... la procédure a été suivie, il y avait des avocats qui étaient en jeu, ils ont vu vraiment que j'avais rien fait et que c'était légal que je joue pour la Guinée équatoriale, un pays que je vais toujours remercier sportivement parce que Ce que j'ai vécu dans ce pays-là, il faut reconnaître que ce n'est pas donné à tout le monde. J'ai toujours été respectée, toujours. Ils m'ont donné beaucoup d'amour. Ça ne veut pas dire qu'au Cameroun, on ne m'a pas donné d'amour. Et mon choix, je l'assume encore aujourd'hui. J'ai fait un choix et c'était un choix de cœur. Ce n'est pas parce qu'il y avait la concurrence, non. J'avais du talent pour jouer pour l'équipe nationale du Cameroun, ça c'est sûr. J'avais du talent pour jouer. J'ai du talent pour jouer pour l'équipe nationale du Cameroun. Mais moi, je suis toujours allée sur l'optique que s'il y a beaucoup quelque part, on ne sait plus quel est le meilleur choix à faire. Mais si quelqu'un peut assumer son choix et dire nous sommes nombreux là.
Je vais laisser ma place à quelqu'un d'autre, mais j'irai me chercher ailleurs parce que je sais qu'en allant ailleurs, je vais toujours être meilleure et je vais toujours être respectée.
Moi, c'est ça en fait. C'est mon choix et je l'assume et je suis fière de ce que je vis en Guinée-Équatoriale aujourd'hui.
[00:56:20] Speaker B: – La beauté de la chose, c'est que tu n'as aucun regret.
[00:56:23] Speaker A: – Non, je n'ai pas de regret.
[00:56:24] Speaker B: – Dans une situation comme ça, tu es quand même chanceuse. Ça aurait pu jouer beaucoup sur ta réputation.
[00:56:30] Speaker A: – Oui.
[00:56:31] Speaker B: C'est fou, il y a vraiment quelqu'un qui a voulu t'attaquer. C'est quelle histoire.
[00:56:35] Speaker A: Ça a joué quelque temps pendant cette période-là, mais c'était un coup de période.
Dans le sport, il faut s'attendre à beaucoup de choses. Il faut vraiment forger son moral à s'attendre à des choses même que tu n'as pas fait.
Mais comment est-ce que tu traverses ces épreuves-là, c'est ça qui te fait être grand ou petit. Moi je ne suis pas quelqu'un des réseaux sociaux, je ne suis pas quelqu'un qui va chercher à se justifier, surtout quand je sais que je n'ai rien fait.
Je laisse la nature faire les choses parce que moi je sais que chaque chose, chaque décision que j'essaie de prendre dans ma vie, je mets Dieu et je mets la nature en avant et je me laisse guider.
C'est comme ça. Pour moi c'est plus facile de prendre des meilleures décisions en faisant confiance à Dieu et à la nature que de regarder ce que les hommes vont dire parce que forcément on est appelé à être critiqué.
Toujours être critiqué. Tu fais bien, tu es critiqué. Tu fais mal, tu es critiqué. Mais fais ce qui est bien pour toi. Ce que tu sais que ce que je suis en train de faire là, c'est bien, ça ne nuit à personne, alors fais-le.
Faudrait bien que tu prennes une décision pour quelque chose dans ta vie, c'est ça en fait.
[00:57:50] Speaker B: Et maintenant?
J'ai envie de... pour boucler la boucle sur ton parcours de joueuse professionnelle, une question que j'aime demander à chaque athlète qui a passé sur mon émission, C'est quoi le plus grand apprentissage que t'as eu de ton parcours de joueur professionnel?
Dans ton parcours de sportif?
[00:58:16] Speaker A: Toujours prendre du recul.
[00:58:18] Speaker B: Du recul.
[00:58:19] Speaker A: En toute chose.
Le temps d'observation.
Toujours. Même si c'est 30 secondes. C'est important.
Avant de dire quelque chose.
Avant de venir ici, moi je me suis préparée.
Peu importe la question que t'allais me poser, j'étais prête à répondre.
Parce que j'ai pris du recul, je me suis dit, il ne connaît pas, il va chercher à me connaître.
Alors pour ça il faut être ouvert d'esprit.
Si je me ferme, ça va, on ne va pas passer du fun ensemble.
Donc toujours prendre du recul.
Travailler.
Parce que le succès, ça vient en travaillant.
Il n'y a rien qui est gratuit dans ce monde. Rien n'est gratuit.
Même ce que quelqu'un vient te donner gratuitement, c'est parce qu'il pense que tu vas le payer quelque part. Même si c'est pas à la personne.
Tu vas le payer quelque part. Et la nature n'aime pas les vides.
La nature elle n'aime pas le vide.
Donc quand quelqu'un vient et te dit c'est gratuit, la nature n'a pas vu ça comme si c'était gratuit.
C'est quelque chose que tu dois payer. Si tu payes pas à l'homme, tu payes à la nature.
Moi, c'est le plus grand héritage que j'ai eu toujours. Prendre du recul.
Prendre du recul. En toute chose. Faut pas... C'est pas parce que c'est chaud que tu dois aller de la tête d'abord. Faut prendre du recul. Un pas en arrière, ça ne te tue pas.
[00:59:44] Speaker B: Merci d'avoir partagé ça.
[00:59:47] Speaker A: C'est cool.
[00:59:51] Speaker B: T'as lancé un projet.
[00:59:52] Speaker A: Ouais.
[00:59:53] Speaker B: Un projet qui...
a comme mission de vouloir donner accès aux sports et aux études pour les plus jeunes de ta région, en Afrique, de ton pays.
J'aimerais qu'on en parle.
De où ça a parti? Pourquoi lancer un projet?
Tantôt, tu me dis que ton projet, il s'appelait le... Jeunesse prioritaire.
Pourquoi lancer ça et pourquoi maintenant?
[01:00:31] Speaker A: Je suis consciente que j'ai déjà un bagage. J'ai vécu beaucoup de choses, j'ai traversé beaucoup de choses.
L'expérience que j'ai eue, que j'ai accumulée, que ce soit dans le sport aussi, dans la vie, dans des voyages, m'a poussé à réfléchir, je vais dire comme ça, et à moi j'ai toujours porté cette envie d'aider, d'aider et d'accompagner, de...
Pas seulement dans le sport, mais dans la vie de chaque jour.
De contribuer, je vais le dire comme ça.
J'ai toujours porté ce rêve-là de pouvoir améliorer les conditions.
Je viens de l'Afrique, de l'Afrique centrale plus précisément.
Et dans mon enfance, dans ma jeunesse, dans tout ce que j'ai vécu, J'ai vu des choses, je peux le dire comme ça.
Et j'ai toujours eu à faire des gestes.
Par exemple, je vais dans des orphelines, je vais dans des prisons, à porter pour que les gens ne se sentent pas abandonnés.
Ça, ça a toujours été un rêve que j'ai toujours porté à moi et j'ai toujours essayé de le partager avec mon entourage, avec les moyens aussi que je disposais.
Mais aujourd'hui, le monde change.
L'Africain, moi je dis toujours, l'Africain n'a pas faim.
Mais l'Africain a besoin de l'innovation.
L'Africain a besoin de quelque chose qui est vraiment porteur.
Parce que nous en Afrique, on rêve.
On rêve beaucoup.
Et sans un accompagnement, il est très difficile d'accomplir ce rêve-là.
Moi, à chaque fois que j'ai l'occasion, je vais en Afrique.
J'aime bien passer mes vacances en Afrique.
Ça me permet d'avoir toujours les pieds sur terre.
Chaque fois que j'y vais, je vois des enfants, des millions d'enfants qui ont des rêves.
Mais ils ne sont pas accompagnés.
Et je me suis toujours posé la question de savoir comment est-ce que je peux les aider.
Ces enfants qui ont le rêve de devenir des grands sportifs, des grands athlètes, pas seulement dans le sport, le soccer, dans beaucoup de choses, mais ils ne sont pas accompagnés.
Mais pour moi, je ne peux pas aider tout le monde.
Je ne peux pas améliorer les conditions de vie de tout le monde.
Le soccer, si je me suis limitée dans le sport et l'éducation, c'est vraiment un domaine que je peux dire que je connais déjà.
et c'est un projet qui me vient vraiment du cœur.
C'est vrai qu'aujourd'hui je suis en train de chercher des bonnes formules et je crois que je suis sur le bon chemin aussi.
Donc mon projet est né de tout ce que j'ai vécu et de vouloir améliorer les conditions de mes proches, de ma communauté, pas seulement de mon pays d'origine mais aussi de toute l'Afrique et peut-être plus.
[01:03:56] Speaker B: Est-ce que tu as eu l'aide d'autres athlètes avec qui tu as joué?
[01:04:02] Speaker A: Pour le moment, je dirais non.
Pour le moment, parce que je suis encore à la phase écrite de mon projet.
C'est vrai que l'an dernier, je suis allée en Afrique, plus précisément en Guinée-Équatoriale, où j'ai quand même essayé de lancer le projet pour voir si ça pouvait être bien reçu parce que C'est aussi l'avantage de voyager.
L'avantage qu'on a de voyager c'est qu'il ne faut pas aller faire un projet juste parce que tu penses qu'ils sont dans le besoin.
Il faut essayer de faire des sondages, il faut essayer de lancer un promet. de faire une première planification, je le dirais comme ça, et de voir comment la population reçoit. Et si tu vois que c'est bien accueilli et qu'il y a vraiment ce manque là, là tu peux continuer.
Et l'an dernier je suis allée et j'ai essayé un truc comme ça juste pour sonder, pour voir.
C'est un accompagnement. Je n'ai pas dit que je voulais que ce soit accessible. Il y a déjà des projets accessibles en Afrique où il y a sport et études.
Mais il n'y a pas toujours eu un accompagnement C'est ça le truc et c'est là où moi j'aimerais intervenir.
Accompagner ces enfants là qui nourrissent le rêve de devenir des grandes athlètes. En leur rappelant qu'il ne suffit pas d'être un athlète parce que le sport ça ne suffit pas.
Il faut aussi avoir l'éducation et l'éducation s'acquiert pas seulement à la maison.
mais en allant à l'école.
Peut-être, quand tu vas proposer un projet comme ça, les gens vont te dire, nous on n'a pas des moyens d'envoyer notre enfant à l'école, c'est là où mon projet entre en vigueur, parce que nous on va accompagner ces athlètes-là à continuer avec l'école, du moins jusqu'au...
Tant qu'ils ne sont pas encore professionnels, tant qu'ils ne peuvent pas encore vivre vraiment de leurs passions, nous nous sommes là pour les accompagner. Et mon projet c'est vraiment pour les accompagner à ne pas laisser l'école pour le sport.
Nous on vient avec du matériel, on vous propose du matériel, vous avez un talent mais votre obligation c'est d'aller à l'école si vous voulez participer à nos tournois qu'on organise.
et ces tournois là ne seront pas pour toute une année, c'est pas un centre de formation aussi, c'est pas peut-être avec le temps on va mieux structurer le projet peut-être en créant une fondation mais pour le moment on se base tout simplement sur organiser des tournois pendant la période d'été parce qu'en été en Afrique il n'y a pas d'école, les enfants sont abandonner à eux-mêmes et aussi pour essayer de leur regrouper quelque part et leur dire que oui, le talent est bien mais l'éducation aussi va avec.
Donc c'est là où on intervient, on met sur pied un tournoi et ce qu'il y a de spécial dans mon tournoi c'est que je ne vais pas prendre juste un pays, je vais prendre tous les pays de l'Afrique centrale, bon ça c'est mon projet à moi. Je veux vraiment me baser sur les pays de l'Afrique centrale, des gens qui ont déjà des fondations ou des centres de formation, et que ces enfants-là aillent à l'école, nous on vient là, on les accompagne. Peu importe, et c'est pourquoi je te disais la dernière fois que Nous, on est prêt à payer la scolarité. Dans mon projet, on est prêt à payer la scolarité des meilleurs athlètes. Peut-être si Dieu le veut et la nature fait grâce, pourquoi pas avoir des contrats avec des universités ici ou des collèges ici au Canada qui peuvent s'y aider.
Si on a des athlètes, en Afrique il y a des athlétes.
Il y a du talent en Afrique.
Il y a vraiment du talent mais il n'y a pas cet accompagnement-là. S'il y a des opportunités ici et que ces universités, ces collèges-là décident de prendre un enfant, c'est bien pour la famille de l'enfant.
Parce qu'on a sorti une famille de peut-être la misère, c'est ça que moi je regarde.
C'est ça que moi je vois, ce que je peux faire pour une personne.
Pas pour qu'il vienne me dire merci, mais pour que sa famille soit fière de lui.
[01:08:30] Speaker B: Tu connais la réalité, t'as pas envie que les gens vivent la même réalité que t'as vécu. Tu parles beaucoup d'encadrer, d'éduquer.
Puis tu te concentres beaucoup sur la prochaine génération. En finissant, Si tu avais un message à passer à ces jeunes-là aujourd'hui, Jackie, qu'est-ce que tu leur dirais?
[01:08:54] Speaker A: Il y a un grand Africain, un grand sportif Africain qui a dit, il a l'impression qu'en Afrique aujourd'hui, les enfants n'ont plus faim.
Ils n'ont plus faim, ils ne rêvent plus assez.
Parce que le rêve, c'est ça qui te pousse à te lever et à réaliser des choses.
Et quand t'as faim, tu vas te lever pour aller chercher à manger.
Aujourd'hui je veux dire à la jeunesse, il y a beaucoup d'opportunités qu'ils ont aujourd'hui que nous on n'avait pas.
Parce que moi j'ai pas eu cet encadrement-là.
Et c'est pas parce que j'ai pas eu cet encadrement là que Je vais laisser mes petits frères et la nouvelle génération aussi comme ça.
Il y a des mains qui leur sont tendues. Il faudrait qu'ils saisissent aussi ça.
En prenant du recul.
Et tu peux rien faire avec du talent.
Rien. On connaît des athlètes, on connaît des histoires des athlètes qui ont du talent, qui avaient du talent, mais à la fin qu'est-ce qu'ils sont devenus? Si on veut lutter contre la pauvreté en Afrique, il faut vraiment aller chercher des projets qui vont développer l'Africain.
Donc moi je dis aux jeunes aujourd'hui, on va vous tendre la main.
Essayer juste de les saisir ces mains qui sont tendues là.
Et les opportunités ne se présentent pas chaque jour.
La nouvelle génération, elle a beaucoup d'opportunités devant elle.
Beaucoup.
Mais je pense qu'à force d'avoir beaucoup d'opportunités, elle ne sait plus quoi faire.
Elle pense que c'est facile pour elle. Rien n'est facile et rien n'est gratuit.
Faut vraiment, si on te tend la main, tend aussi ta main.
Rien n'est donné.
Il faut vraiment avoir de la discipline.
Et la discipline travaille très fort.
Et je pense que le reste va suivre.
[01:10:55] Speaker B: Merci.
[01:10:56] Speaker A: À toi aussi.
[01:10:57] Speaker B: Tout le monde.
C'était le Game On podcast.
Notre invitée aujourd'hui, Jackie Annette Messomo.
Merci beaucoup pour avoir joué le jeu et partager ton histoire, parler de ce fameux parcours de footballeuse. Merci beaucoup, Jackie. C'est très apprécié.
[01:11:17] Speaker A: Merci à toi, William.